Fin

La jeune femme qui jouait le rôle d’Anna s’écroule. L’homme qui jouait le rôle du clown triste revient sur scène, s’assoit à ses côtés et dit:

– Tu n’es pas obligée de partir, Anna. Ton amoureux s’est fait la belle mais moi, je suis toujours là. Tu peux rester autour de moi comme un totem qu’on vénère et que l’on craint. Oui, ensemble, nous pouvons être heureux. On se moquera peut-être de nous dans les pièces de théâtre et alors? J’ai un cousin qui est suédois et qui n’arrête pas d’être la risée du monde entier. Tu le connais peut-être, il s’appelle Ikea. Eh bien, il ne s’en porte pas plus mal. Au contraire.

Non, je ne te propose pas des rêves de pacotille. Mes frites sont vraies et mon sourire est grand et généreux. Comme celui du loup prêt à dévorer la grand-mère, mon petit chaperon rouge. Tu vois, nous avons les mêmes références, la même enfance. Je t’offre ce que personne ne pourra te donner: le berceau de l’universel.

Mais je pousse peut-être le champignon un peu loin et tu ne comprends peut-être rien à ce que je te raconte. Peut-être dors-tu vraiment et tu ne m’écoutes pas. Ce n’est pas grave, réveille toi doucement Anna… Et si je t’embrassais? Oh oui, quelle bonne idée!

Quand tu réouvriras les yeux, quel bonheur! Tu seras élue l’employée du mois et nous ferons une méga-giant-drive party!

***

L’homme embrasse la femme, elle se réveille. Ses yeux expriment d’abord la terreur et puis la reconnaissance. Ce n’est pas son clown blanc qu’elle aimait mais le clown rouge avec sa banane au milieu de la figure qui se tient désormais face à elle. Et puis, sa conscience s’éteint. Les deux se lèvent et commencent une valse lente sur les dernières paroles de cette chanson:

« We’ve got : the pencil to draw

And to laugh : a long knife ! »

Noir.

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