Des désirs j’en avais

« Dieu bénit les femmes stériles ». Là, devant ses yeux, c’est écrit dans la pierre, comme si Dieu lui avait laissé une note de bas de page pour la rassurer, elle, Elsa. Pour la première fois, Elsa se surprend à penser à lui, Dieu. Soudain, elle est aussi certaine qu’Il existe qu’elle n’a plus qu’à « laisser rouler ses désirs dans le caniveau »…

Le texte de la pièce qu’elle répète actuellement lui revient en écho: « des désirs j’en avais, mais ils sont tombés autour de vous… » C’est stupide, c’est peut-être même cruel, mais c’est ainsi.

Un chant s’élève de l’assemblée, Mme Truong trépigne. Elsa se ressaisit. Elle doit accomplir sa mission jusqu’au bout : installer sa voisine sur son banc de grenouilles de bénitier.

– Combien de temps ça dure une messe, Mme Truong ?, lui demande-t-elle

– Oh, environ une heure.

– Ok, je vous laisse ici et je m’installe au café d’en face. Je reviens ensuite vous chercher, d’accord ?

– Vous ne voulez pas rester ?

– Non, j’entends l’appel de la caféine.

Mme Truong répond par un sourire malin au clin d’œil d’Elsa. La blague est peut-être mauvaise mais, au moins, l’humour d’Elsa revient petit à petit. « C’est ça, je reprends le goût de la vie », se dit Elsa.

Elsa quitte la caverne mystique, enveloppée par sa chaleur froide et les incantations des croyants. Un soleil éclatant et une terrasse ombragée l’attendent dehors. Elle s’assied, commande un café et deux croissants. Elle respire enfin. Elle a quelqu’un à appeler, c’est urgent. Quelqu’un dont elle n’a pas entendu le son de la voix depuis deux mois. Depuis leur dernière dispute. Son mari.

– Allo, Etienne ?

– Oui ?

– C’est moi. J’ai besoin de te voir.

– Où es-tu ?

– Au café du carrefour Koltès.

– Ne bouge pas, j’arrive.

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page