Judas

L’eau coule dans la baignoire. Elsa se hisse sur la pointe des pieds pour regarder à travers le velux du plafond et aperçoit les deux enfants qui jouent dans la cour intérieure de l’immeuble. L’un est à tricycle, l’autre tire une poussette. Le grand jeu semble de piquer le baigneur de la poussette, de le balancer au plus loin et de faire hurler l’autre. Ca promet pour plus tard…

Ca lui rappelle son premier souvenir : elle dans la cour de la maison qui joue aux petites voitures avec son frère. La lumière est blanche, éclatante, son blouson rouge et son frère rieur. C’est quoi, l’enfance ?, se demande-t-elle soudain. Des souvenirs que l’on réinvente à partir de photos ou de la nostalgie facile à bon marché ?

La vapeur l’enveloppe de son giron et la berce. Dans l’attente du bain, elle ronronne nue sous son peignoir. Elle teste la température du bout des orteils. Ouille, mais c’est bien trop chaud ! Quelle étourdie ! Elle n’a pas tourné le robinet de l’eau froide. Où donc a-t-elle la tête ?

On sonne à la porte. Il ne manquait plus que ça. Elsa ne veut voir personne. Pompiers ou concierge, qu’ils aillent tous se faire foutre ! Elle n’a besoin de personne, elle est très bien ainsi, seule. On re-sonne à la porte.  On n’a pas compris donc. Elsa décide de voir au judas la tête du casse-pieds.

Une silhouette frêle, des lèvres rouges, des cheveux gris et la peau trop poudrée : Madame Truong. Elsa ouvre la porte.

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