Comédie

Les choses auraient pu s’arrêter là : la toile aurait été enterrée, le chien jeté et Francis désespéré si son galeriste n’était pas passé précisément à ce moment-là. Car une porte de l’atelier de Francis donnait sur une cour extérieure et Edouard Khemoun en avait justement la clef.

Il faillit tomber quand il entra, déséquilibré par un machin visqueux qui s’était précipité entre ses jambes. Puis ce furent l’odeur âcre, un mélange de détergents chimiques, de peintures et de relents pourris qu’il le saisit. Enfin, il aperçut les vestiges d’une forme humaine en position de la prière de Mahomet devant les vestiges d’une immense toile.

Alors, son premier réflexe ne fut pas d’aider Francis à se relever mais de regarder plus attentivement l’œuvre en cours. Edouard était trop habitué aux dérives de la création et aux excès de ses artistes pour se laisser intimider par ce semblant de carnage. Pour lui, peu importait les moyens sollicités, ce qui comptait, c’était le résultat. Son œil de marchand scruta attentivement la toile.

Prosterné dans son malheur, Francis n’avait pas vu Edouard entrer. Il sursauta donc lorsque ce dernier s’exclama : « Bravo, Francis ! C’est excellent. Ce mélange de maniaquerie et d’organique est magnifique. Pour la première fois, tu as su ajouter une force vitale à tes laborieuses chimères. Le résultat est époustouflant : tout est dans la force et la brisure, la destruction et la création, l’élan vital et la pourriture. Bravo, c’est tout simplement sublime ! »

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