Eau à la bouche

J’attends Jean. Les voitures vrombissent autour de moi. Je suis assis sur un banc, de retour dans le bitume. Jean est parti appeler une ambulance au bistrot le plus proche. Dans d’autres circonstances, c’est peut-être là que nous aurait mener notre histoire : à siroter dans un café de la plage, lui une menthe à l’eau, moi un pastis. Peu importe ce qui se serait passé avant, je l’aurais ensuite abandonné là, gentiment.

J’ai encore le goût de Jean dans la bouche. Finalement, ce n’est pas une sale mouette qui m’a planté son bec dans le crâne, c’est bien pire. J’ai la cheville en compote et un oisillon abandonné sur le dos. Il faudrait que je me méfie davantage de mon instinct maternel à l’avenir.

Le clapotis de l’eau a cédé la place au ronron des bagnoles. La lumière est grise. J’ai un peu froid. Deux gamins jouent au foot derrière moi. Je me rallume une clope. Je la regarde se consumer doucement.

Mon portable vibre au fond de ma poche, je l’éteins brusquement. Je ne veux pas que mon saint Jean, mon sauveur me surprenne en flagrant délit de mensonge. J’ai préféré lui taire la présence de cet appareil pour le voir encore accourir à mon secours. Et puis, j’ai besoin de souffler un peu.

Je suis vidé. Dépassé. Devant l’inconnu. Je jette mon mégot au loin. Soudain, j’ai envie de vivre intensément, que ma vie ait une réelle consistance. Je souris malgré moi et j’attends Jean.

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