Joyeux Valentin

baudelaire 2

Conversation de bistrot, une femme/une femme

– Mais où trouves-tu toute ton inspiration pour ton site de rencontres  ?

– Je ne sais pas, c’est devenu une habitude. Je regarde autour de moi, j’écoute, c’est tout. Je prends le métro, je vois une cougar glousser avec un jeune mec dans un carré, je m’assieds derrière eux et j’enregistre toute leur conversation.

– Et tu le mets sur ton CV ?

– Ouaih, ça montre une certaine souplesse, non ?

– Toute tantrique, en effet! Surtout quand tu piges en même temps pour les protestants suisses.… Ah tu me fais rire !

– Non, mais tu as raison. À la rédac du journal, quand ils ont appris que j’écrivais pour les cougars, les mecs n’en pouvaient plus. J’avais tous les jours droit à ma petite dosette de café en rab. Il suffit de pas grand chose pour les exciter.

– S’ils savaient…

– Oui, je ne sais même pas utiliser Tinder !

– J’ai une copine qui fait ça, Sève. Tu la verrais, elle est magnifique. Elle, elle n’est pas ronde, elle est vraiment grosse. Elle a des seins comm’asse. À 20 ans, je crois qu’elle est sortie avec un détraqué, ça a foutu en l’air sa ligne de gravité. Elle n’a fait que prendre des kilos depuis. Bon, bref, elle va sur adopteunmec et elle ne prend que des profils sans photo.

– Pourquoi ?

– Comme ça, elle est sûre que ce sont des hommes mariés, elle est peinard. Il lui suffisait un ptit coup de tchat et elle s’envoyait un mec tous les soirs.

– Waouh ! Et elle te raconte tout ?

– Ouaih, parfois elle me fait flipper ! Une fois elle a couché avec un type, elle n’a vu sa gueule que le lendemain…chez elle en plus ! Sur ce coup là, je l’ai engueulée.

– Elle a eu chaude…euh chaud.

– Oui, elle est chaude, c’est le cas de le dire.

– En même temps, il y a une logique. N’oublie pas qu’elle ne sélectionne que des mecs sans tête…

– …mais avec une queue ! Bon, de toute façon, maintenant elle est dans une relation exclusive. Comme tout le monde. Elle a trouvé son “maître”. Un mec qui pratique le sous-genre du SM. Je ne sais plus comment ça s’appelle….

– Le soft daddy ?

– Je ne sais plus. Bon, bref, elle a vu le type arriver. Grand, baraque, barbu, ours, rien d’attirant, massif, genre la montagne, tu vois. Le type que tu évites à la machine à café en général. Sauf qu’il l’a pas loupée à leur premier rencard. Tu peux pas la rater Sève, elle lui avait dit qu’elle serait la plus voluptueuse et pour une fois elle a regretté ces kilos en trop.

– Et ?

– Et il s’assoit, il commence à lui parler. Et dès cet instant, elle me dit : j’étais foutue.

– Pourquoi ?

– La chimie, va savoir. Le coup de foudre, la chamade, le je ne sais quoi, la merde, quoi! Le type lui sort qu’il est marié, qu’il a trois enfants, qu’il pratique une sexualité particulière, qu’il ne peut pas avoir avec sa femme, et il l’embarque illico. Il commence par l’attacher, des kilomètres de bandages, les chaînes et puis il l’initie au bondage, ils se mettent à la cravache, au corset en cuir, elle se découvre femme fontaine, elle devient totalement dingue de lui. Il l’emmène dans une boîte d’échangiste, le Basque derrière Opéra, tu connais ?

– Pourquoi le basque ? Ils pratiquent aussi la sexualité terroriste là-bas ?

– Je sais pas, en tout cas, Il paraît que c’est plein de ptits jeunes, des trentenaires pas mal foutus avec leurs nanas d’ailleurs.

-Ah bon, je croyais que c’était réservé aux vieux ou aux provinciaux, ce genre de truc.

– Ben non, tu vois, ça doit être des jeunes financiers…

– Ou des hipsters qui s’ennuient…

– Ou des avocates qui ont besoin de se faire fouetter après avoir passé leur journée à aboyer sur leurs subalternes. Bon, bref elle suit son ours les yeux bandés. La croix de Saint-Glinglin, ça te dit quelque chose ?

– Non…

– Moi, non plus. Le principe ? T’es attachée sur une croix qui tourne, tu ne vois rien et on te pénètre de partout.

– Ah oui, quand même.

– Elle a adoré. Moi, je me demande surtout comment tu fais pour avoir une relation normale après avoir vécu une sexualité aussi forte avec un mec. Quand tu es allée aussi loin…

– Je ne sais pas, ça reste une bulle à part. Circoncis à un contexte.

– Circonscrit, on dit !

– Oh merde, je ne sais pas pourquoi, je confonds toujours les deux mots…

– Je comprends, on les utilise si souvent…

(Rires)

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