Sur le paillasson de Mme Geoffroy

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Lendemain matin, intérieur, sur le paillasson de Mme Geoffroy

La porte s’ouvre. Derrière elle, une petite femme osseuse d’une cinquantaine d’années, Mme GEOFFROY. Un peu hostile, comme si elle avait oublié que c’était elle qui l’avait fait entrer et venir ici.

– Vous êtes ?

– Je suis l’ami de votre fils.

– Ah c’est bien. Mais il n’est plus là.

– Je peux entrer ?

– Si vous voulez… Puisque vous êtes là.

Ralf entre dans l’appartement. Il ressemble à quelques détails près à celui où il habite avec sa mère.

 

Intérieur, appartement de Chris Geoffroy

La mère de Chris se détend peu à peu. Elle paraît juste prise d’une énorme fatigue. Parfois elle semble totalement avoir perdu la tête, parfois elle paraît très présente, presque voyante.

– Venez dans la cuisine, Ralf. Je vais vous faire un café. Et puis, vous allez me dire ce qu’il y a de si important.

Ralf de nouveau devient enfant et la suit. La cuisine ressemble encore presque à tout point à celle de sa mère.

– Enlevez votre jacket, mettez-vous à votre aise. Donnez-la moi, je vais la mettre à côté.

Ralf se lève, retire sa veste et la lui donne.

LA MÈRE (prenant la veste)

– Vous en avez une jolie médaille.

– Oui, oui, je suis soldat, j’ai été promu récemment.

– Ah ? Oh, vous avez du sang là. Vous devriez la nettoyer.

La mère part dans la pièce d’à côté avec la veste. Ralf a tout d’un coup une furieuse envie de partir, il n’a rien à faire ici. Il sort le walkman de sa poche et le pose sur la table. Tant pis pour la veste ! Il faut partir. Il se dirige vers la porte d’entrée quand il se fait intercepter par la mère de Chris.

– Vous partez déjà ?

– Oui…Euh, non.

– Mais vous n’avez même pas pris votre café.

Elle le regarde plus attentivement.

– C’est drôle, je ne vous ai jamais vu avec Chris.

– …

– Ah, le garçon était si secret…La preuve d’ailleurs. Allez, venez, nous allons un peu causer. Vous êtes venu pour ça, non ? Ca me fait toujours plaisir de rencontrer des amis de Chris, il en avait si peu.

Ils reviennent dans la cuisine, la mère voit le walkman sur la table.

RALF

– Je voulais vous le rendre, Chris me l’avait prêté.

– Ah oui ? c’est étrange, il ne s’en séparait jamais.

– …

– Il s’est trop bercé la tête avec ses sornettes. Vous pouvez le garder.

– Non, non, c’est pour vous.

– Moi, pas question. Mais peut-être cela fera plaisir à Anna… (elle crie) Anna ! Anna ! (à Ralf) C’est la fiancée de Chris.

Ralf se rassoit. Une jeune fille fait son apparition. Elle ressemble exactement à Elena sauf qu’elle est brune, les cheveux très courts et elle a un petit ventre rond. Elle est habillée de noir.

ANNA

– Oui ?

MERE

– Je te présente Ralf. Un ami de Chris, tu dois le connaître. Il nous a apporté un cadeau. Son walkman. Prend-le, moi, je ne veux plus entendre parler de ça

Anna regarde Ralf puis le walkman, elle ne reconnaît pas Ralf. Suspicieuse.

ANNA

– Chris, vous avez donné son walkman ?

RALF

– Comme cadeau. Avant de passer de l’autre côté.

ANNA

– Ah ?! Il t’avait prévenu, toi ?

Anna s’assoit autour de la table. La mère sert une tasse de café à Ralf. Anna en demande une.

MERE

– Tu es sûre, Anna ?

ANNA

– (à Ralf) On n’a même pas eu le droit de voir sa dépouille. Il appartient à l’Etat désormais. C’est comique, non ? Etre enfermé à tout jamais de ce à quoi on voulait échapper. Enterré vivant dans un mur. Tombé dans la gueule du loup. Tu savais donc, toi ? Il te l’avait dit ?

RALF

– Quoi ?

ANNA

– Qu’il voulait me quitter. Qu’il préférait crever. Que tout ça n’avait pas d’importance au bout du compte.

MERE

– Anna, ne dis pas ça.

ANNA

– Parfois je suis bien contente qu’il ait crevé, le salaud. Et puis je m’en veux ensuite d’être si mauvaise.

MERE

– Anna !

ANNA (à Ralf)

– C’est bizarre, je ne te connais pas mais ton visage m’est familier. Toi aussi, tu devais faire partie de l’expédition, ce matin-là, hein ? Et puis, tu n’as pas pu, c’est ça ? T’as eu mal au ventre ?

Ralf reprend une gorgée de café. Ne dit rien.

ANNA

– Désolée, je deviens folle. Après tout, t’es comme lui, t’es qu’un petit con comme un autre. T’as une fiancée ?

RALF

– Oui.

MERE

– Anna, laisse un peu ce garçon tranquille, il n’y est pour rien. (à Ralf) Je suis désolée, ça fait un petit moment que nous n’avons vu personne.

ANNA

– Ouaih, enfin, c’est une manière de dire que plus personne ne veut nous parler. Même mes parents m’ont jetée à la porte. C’est à peine si on veut encore nous vendre des œufs. Oh putain, putain, je deviens folle entre ces quatre murs.

MERE

– Et si vous sortiez ? Vous vouliez bien, Ralf ? Cela ferait du bien à Anna.

RALF

– Euh oui.

ANNA

– J’ai pas envie de sortir.

La mère n’écoute pas et part chercher la veste de Ralf comme si c’était entendu.

MERE (à Ralf)

– Enchanté d’avoir fait votre connaissance. Vous êtes le bienvenu quand vous voulez ici.

Ralf se met debout, prend la veste.

ANNA

– T’es militaire, toi ?

RALF (gêné)

ANNA

– Attends-moi, je descends avec toi.

Anna se lève.

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