Billie Jean is not my love

claire004

 

6 Février 89, Allemagne de l’est, ronde des gardes du mur, levée du jour, brume

Vue sur le no man’s land qui sépare les deux murs

Alarme. Les gardes se mettent prêts à tirer. Il y a deux fuyards qui tentent de passer de l’autre côté.

On découvre RALF GÜNTER, 20 ans tout au plus. C’est le plus jeune. Tandis que les autres gardes rigolent et s’agitent, heureux d’avoir enfin des cibles au bout du fusil, Ralf reste calme, concentré. Il tire.

Touché !

Il a eu le fuyard alors qu’il courait. Il ne peut s’empêcher d’esquisser un sourire.

Bureau du directeur de la surveillance du mur, quelques jours plus tard

Ralf arrive à l’heure pour le rendez-vous. La SECRETAIRE le reçoit. Elle lui tend une enveloppe et le fait entrer à l’intérieur du bureau. Qu’il attende là. Le directeur va arriver.

Ralf un peu perdu n’ose pas s’asseoir. Il regarde la décoration du bureau : photos du parti, photo du directeur (45 ans) avec Honecker qui lui sert la main, remise de titres. Sobriété. Tout est kaki et vert, un peu moche. Le directeur est apparemment un bon citoyen de la RDA.

Il finit par s’asseoir sur la chaise face au bureau. Ouvre l’enveloppe. C’est sa feuille de salaire. Il y découvre aussi un chèque de 150 marks, sa prime pour avoir tirer à bout portant CHRIS GEOFFROY.

Le DIRECTEUR entre. Ralf se lève. Le directeur le félicite chaleureusement. Ralf reste muet. Puis le directeur passe derrière son bureau et ouvre un tiroir.

– Tenez, c’est pour vous.

Il lui tend un walkman. Ralf ne comprend pas.

– Ce sont ses effets personnels. Cela vous revient. Ad victorem spolias. Normalement, je ne devrais pas. C’est interdit. Surtout ce genre de camelote. Mais j’ai pensé que cela vous ferait plaisir. Vous êtes jeune, comme lui.

Ralf accepte, il sent qu’il n’est pas choix. Il planque l’objet précieux dans sa veste. Le directeur :

– Encore félicitations, mon garçon. Vous irez loin. Et pour le petit cadeau, ça reste entre nous, bien sûr.

Ralf sort.

 Ralf rentre chez lui

Les rues sont vides. Il sort le walkman dans sa poche. Il n’ose pas l’écouter en pleine rue de peur de se faire dévisager et envier par les passants. Il a les épaules voutés, c’est un garçon un peu triste, taciturne. Il monte les 5 étages de son immeuble collectif de la rue Weinmeisterstrasse. Sa mère est à la cuisine. Il habite seul avec elle. Il est déjà 6 heures du soir et la nuit est presque totalement tombée. Elle lui dit ne pas tarder, ils vont passer à table et Elena a appelé. Ralf part directement dans sa chambre. Il ferme bien la porte derrière lui. Là, il défait sa veste et sort le walkman. Il le sent comme s’il pouvait encore sentir l’odeur de son propriétaire qu’il a tué quelques jours auparavant. Il met le casque sur son oreille, appuie sur le touche Play. La chanson de Mickael Jackson se met en marche : « Billie Jean is not my love ». Ralf ferme les yeux, emporté. Il s’allonge sur son lit. Oublie le temps. Sa mère frappe à la porte, il sursaute, a juste le temps de cacher l’appareil sous ses draps avant qu’elle n’entre.

– Ralf, ça fait cinq fois que je t’appelle. On n’est pas à l’hôtel ici. A table !

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