Eau danoise

Le type est aussi gêné que moi, il se passe une main dans les cheveux et me répond : oui, ça va. Je reprends mon souffle, il s’assied à côté de moi.

–  Vous n’avez mal nulle part ?

Je maugrée comme un ours et tente de me soulever. Et merde ! La douleur m’empêche de poser le pied gauche.

–  Ah mais quel con ! Je me suis foulé la cheville !

– Ca ne sert à rien de vous insulter. Laissez-moi regarder.

– Non, ce n’est pas la peine, merci.

Là, j’avoue, j’ai été un peu rude. Le gamin avait l’air déjà mal au point, ce n’était pas la peine de lui en rajouter une couche. Nous nous taisons, les mouettes autour de nous continuent leur vacarme. Nous fixons les îles en face et tout ce bleu entre nous.

– Je m’appelle Jean-Pierre.

– Et moi, Jean.

– Tu viens du Danemark ?

– Euh, non… Pourquoi ?

– T’as juste l’allure d’un grand Hamlet, blond et efflanqué. C’est rare dans la région.

Et voilà, il rougit, le gosse. Ce n’est pas possible d’avoir un tel miroir de l’âme à la place du visage ! Il a encore les yeux rouges de larmes… Je m’allume une clope, histoire d’oublier mes élancements à la cheville.

– Tu te débrouilles pas mal pour un sauveteur des calanques.

– Normal, j’ai mon brevet de secouriste.

– Oui, il faut mieux ici ! Il y a un type qui s’est encore fait fusillé la semaine dernière. T’as pas peur de traîner ici ?

– Pas plus que vous. La beauté ne m’effraie pas.

Hé, hé, pas si con, le Danois ! Je n’insiste pas. Je l’ai vu en position foetale, il m’a vu dans ma chute. Nous sommes quittes en humiliations communes…

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