Parfum poudré

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Le jour suivant, Audrey ne cherche plus à prendre contact avec Morand. Quand elle sort de chez elle, elle ne se rend pas au bistrot d’en face où il l’attend. Elle monte directement dans sa petite voiture garée quelques mètres plus bas où elle habite. Morand attrape son scooter et emprunte sa route. Le trajet est court. Audrey pose la petite chez sa mère à Boulogne. Morand va devoir attendre quelques heures, elle reste déjeuner sur place. En début d’après-midi, elle reprend la voiture, seule. Son visage est tendu. Morand la piste sur son deux roues jusqu’au sous-sol d’un grand magasin chic. Elle claque la portière du véhicule, fait quelques pas dans le parking souterrain, appelle l’ascenseur. Les portes s’ouvrent. Morand se dissimule derrière un poteau. Audrey l’interpelle :

–         Venez, montez avec moi. Ca sera plus pratique.

Il obéit. Il existe de nouveau. Les portes se referment. Elle le regarde. Il sent son parfum poudré. Elle rompt le silence :

–         Maintenant, ce que je vais faire, c’est pour vous. Je vais vous distraire. Moi, je me suis engueulée avec Maman, j’ai besoin de me détendre. N’oubliez pas de bien prendre des photos. Et gardez vos distances.

Ils sortent. La musique et la lumière assourdissantes de la galerie marchande les accueillent. Elle avance et lui donne le dos. Rez-de-chaussée. Audrey se rend au rayon chaussures. Elle essaie pendant presque une heure tous les escarpins possibles. Morand a le temps de prendre toutes les photos de la cambrure de ses pieds et de ses fessiers aériens. Ce n’est que l’apéritif. Elle le conduit ensuite au premier étage au rayon lingerie. Soutien-gorges, porte-jarretelles et corsets se succèdent sur le corps d’Audrey. Rien ne lui va. Elle demande à chaque fois à la vendeuse de réajuster un coussinet là, raccourcir une bretelle ici et de replacer le bonnet. Elle tire le rideau d’un coup sec à chaque intervention et s’exhibe sans pudeur à l’objectif de Morand. Un spectateur attentionné pourrait croire au manège d’un jeune couple amoureux. Finalement, elle n’achète rien. Elle monte un étage, celui des gadgets. Elle se dirige directement vers un jeune vendeur. Elle lui demande de la conseiller pour un sex-toy. Morand obtient une série de photos comiques où Audrey écoute d’un air concentré un bellâtre avec des bouts de plastiques prêts à vibrionner entre les mains. Un mari jaloux au vu des clichés de l’après-midi pourrait croire à un shopping préparatif à un adultère. Morand sait qu’il n’en est rien. Audrey est fatiguée, elle rentre, passe chez sa mère récupérer la petite, goûter puis retour à la maison. Fin de la filature pour aujourd’hui. Morand finit sa journée, retourne chez lui, il se sent seul.

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