Eau sauvage

La mer est bleue, le ciel est calme, je suis bien. Parfois, ça débute comme ça une histoire : sur le coussin moelleux et confortable du cliché. Première journée de l’année où je peux enfin me balader en t-shirt, je respire le vent du large, je gravis les calanques, j’aspire au bonheur.

Les mouettes gueulent autour de moi, cela doit être la saison des amours. Sommes-nous aussi criards dans nos désirs ? Non, ne pas penser, ne plus douter : aujourd’hui, je fous à l’eau le philosophe en moi. Le temps d’une ballade, je serai aussi sauvage que mon parfum.

Bruissements de cailloux, hurlements tapis, une mouette doit construire son nid pas loin. Et si j’allais l’embêter ? Oui, tester l’instinct maternel de cette future mère… Et voir si elle est déjà prête à me planter le bec dans le crâne pour protéger ses petits qui ne sont pas…

Son raffut guide mes pas. Je monte le genou, escalade la roche, saute au-dessus des creux, flirte avec la mer qui veut m’emporter. Un dernier virage et j’y suis. Je m’agrippe et contourne la paroi minérale. Dans la grotte cachée, je découvre tout autre chose que ce que je crois : non pas une mouette féroce et tapageuse mais un jeune homme recroquevillé et en pleurs.

Comme un idiot, je recule. La pierre s’effrite sous moi, je dérape. Je sens une douleur aigue tout au long de mon tibia, mes pieds dans le vide, mon cœur qui suffoque et mes mains qui s’accrochent avec rage.  Le type pleurant se déroule, se lève, oublie son chagrin et se précipite vers moi. Je ne vois plus rien, j’entends juste sa voix qui me dit de rester calme, que tout ira bien, qu’il est là et qu’il sait exactement comment faire.

Je suis ses instructions, place mes membres où il me le demande. Il me prend mes mains et me soulève enfin. Sauvé, haletant, je m’affale sur la surface plane de la roche.

– Ca va ?

– Oui, ça va… Merci.

– Vous avez mal quelque part ?

– Non, ça va, je crois. Et vous ?

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