Melusina

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Je me suis couchée avec l’avis de tempête et le ventre noué hier soir, ce matin j’erre dans le hall de l’aéroport. Son toit de supermarché menace à tout moment de décoller et de se faire la malle ailleurs, en Afrique sûrement, un de ces pays où la chaleur vous étouffe et les mains se pressent autour de votre porte-monnaie. Je pense à l’un des mes amoureux qui ne voulait voyager qu’à condition de beau temps, il était devenu naturellement casanier. Il est 6 heures du matin, j’ai besoin d’un café. Un cappuccino voluptueux pour me réconforter. Les néons crus et leur lumière de kermesse m’aveuglent. Mais trop de monde au stand Illy, trop de paresse aussi. Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai sauté dans le taxi que j’avais commandé, je me suis enfouie dans sa gueule noire ouverte. « Vous êtes sûre, vous n’oubliez rien ? Vous n’avez pas d’autre bagage ? » « Non, pourquoi ? Je ne pars que deux jours. » « Je préfère vérifier. Mieux vaut s’en rendre compte maintenant que sur l’A3. Vous savez, à cette heure-là, j’ai des clients… » Ah oui, oui et je l’ai laissé parler. Pour nous deux. Sous mes fesses, la froideur animal du cuir noir caressait mes collants en nylon.

La pluie tambourine dehors, hostile. Je ne me suis pas regardée dans la glace depuis deux jours. Je lève les yeux vers le panneau d’affichage géant. Tous les vols sont pour l’instant retardés. Les lèvres murmurent. Ca serait pire. Ils seraient tous annulés, jusqu’à nouvel ordre. Les dieux de la météo sont fâchés et refusent notre envol. Je triture la peau autour de mes ongles rouges. Je dois partir. Je perds mes pas dans la salle dédiée à cet effet. J’enterre cet après-midi ma mère à Lisbonne.

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