Le dessin du dimanche

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« Dans toute relation inégale et sans nom ni reconnaissance explicite, l’une des parties tend à avoir l’initiative, à téléphoner et à proposer les rencontres, et l’autre a deux possibilités ou voies pour atteindre précisément le but de ne pas se volatiliser et disparaître aussitôt, même si elle croit que de toute façon ce sera là son destin final. L’une de ces voies consiste à se contenter d’attendre, à ne jamais faire le moindre faux pas, à espérer que l’on puisse manquer à l’autre, que son silence et son absence finiront par lui être insupportables ou préoccupants et cela de manière insupportable, parce que chacun de nous s’habitue vite à tout ce qu’on lui offre ou à ce dont il peut disposer. La seconde voie consiste à faire en sorte de s’immiscer comme de rien n’était dans le quotidien de l’autre, à persister sans insister, à se faire une place sous divers prétextes, à l’appeler non pour lui proposer quoi que ce soit – c’est encore défendu- mais pour le consulter sur n’importe quoi, lui demander conseil ou un service, lui raconter ce qui nous arrive _ la façon la plus efficace et drastique d’impliquer autrui- ou pour lui donner quelque information: être présent, agir comme un rappel de soi-même, fredonner à distance, bourdonner, donner lieu à une habitude qui s’installe imperceptiblement et comme à la dérobée, jusqu’au jour où cet autre se découvre privé de l’appel devenu habituel, éprouve comme une offense -ou est-ce l’ombre d’un abandon- et, impatient, saisit le télphone sans aucun naturel, improvise une excuse absurde et se surprend à appeler lui-même. » – Javier Marias

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