J’ai peut-être croisé l’ombre du diable

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Jeanne rêve, le métro tangue. Un homme crie, il est ivre, il parle trop fort. Son débit est inapproprié. La trame s’arrête, le drame commence. Il faut expulser ce corps. La conductrice sonne l’alarme. Deux agents arrivent. Ils invitent l’élément perturbateur à sortir. Parce qu’on est dans une démocratie, les parasites s’expulsent de leur propre chef. Le système les évacue. Les voyageurs râlent. Jeanne se rappelle d’avoir croisé l’ombre du diable autrefois. A une époque où l’on chassait encore les sorcières. Elle fut la dernière à passer sous l’échafaud. On était pourtant en terre protestante, en Suisse. On aurait pu éviter ce folklore catholique, les épines sous les ongles et les mains brûlées. De guerre lasse, Jeanne avait avoué. La douleur physique, elle s’en fichait. L’ivresse de la torture l’avait fait basculer. Femme légère, sabbat, femme du démon, qui pèse moins que son poids. Et soudain face à ces hommes affamés, elle avait dit une vérité qui la condamnerait : « oui, j’ai peut-être croisé l’ombre du diable. « 

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