Love your neighbor (but keep an eye on your stuff)

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« Au Japon on aime offrir des phrases. Cadeaux sans matière qui se déposent en soi-même. Cadeaux dont on ne sépare pas, cadeaux qui évoquent les êtres et rappellent une pensée. Cadeaux qui ne vous survivent pas. Cadeaux qu’on emporte à jamais avec soi. Cadeaux qui échappent aux lois de l’échange : on ne peut que les recevoir, les laisser mûrir et les ramener au jour parfois. La phrase-cadeau n’est pas une sagesse, et, incomplète, elle reste solidaire aussi bien de l’instant où vous l’avez reçue que de celui qui vous l’a offerte. Ensemble ils constituent une séquence de mémoire qui incorpore un tout : le sens de la phrase est fort, certes, mais il peut s’épanouir seulement accompagné des autres souvenirs. Il sert plus à la mémoire qu’à la raison ou au savoir. Pour cela la phrase cadeau ne peut être citée, car les autres n’y voient que du sens là où celui qui l’a reçue voit un visage, entend une voix, ressuscite un paysage. » G. B.

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