Alan Lightman

662

« Il y a un lieu où le temps se tient immobile, les chiens lèvent leur museau dans un aboiement silencieux, les piétons sont gelés dans des rues poussiéreuses, les arômes des dattes, des mangues, de la coriandre sont suspendues dans l’espace. A mesure qu’un voyageur approche ce lieu, à partir de n’importe quelle direction, il se déplace de plus en plus lentement, les battements de son cœur sont de plus en plus espacés, sa respiration devient de plus en plus relâchée, sa température chute, ses pensées se raréfient. Jusqu’à ce qu’il atteigne le centre et s’arrête car ceci est le centre du temps.

A partir de cet endroit, le temps voyage vers l’extérieur en cercles concentriques, il est au repos au centre et prend lentement de la vitesse à mesure qu’il s’éloigne du centre. Qui pourrait bien faire un pèlerinage vers le centre du temps ?

Des parents avec leurs enfants. Et des amants. Ainsi, à l’endroit où le temps se tient immobile, on peut voir des parents serrant leurs enfants dans leurs bras dans une étreinte qui ne s’interrompra jamais. Et on peut voir des amants s’embrassant à l’ombre des immeubles dans une étreinte qui ne se relâchera jamais. Mais pour ceux qui retournent dans le monde extérieur, les enfants grandissent, oubliant les étreintes de leurs parents qui duraient des siècles et qui dans leurs souvenirs désormais n’ont duré que quelques secondes. Les enfants deviennent des adultes, vivent loin de leurs parents, vieillissent. Ces enfants désormais devenus âgés veulent à leur tour arrêter le temps. Ils veulent emmener leurs enfants au centre du temps. »

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page