Partage des richesses

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La richesse ne se partage pas. On l’accapare, on la vole, on la mérite. On ne la donne pas. Au début, quand nous avons acheté la maison avec Phil, je me baignais tous les matins à la source. Le vendredi était mon jour préféré. Ils étaient tous à la prière. J’étais la seule à glisser mon être endormi, à peine échappé du giron du lit, dans l’eau moelleuse du bassin rond. Je tournais et tournais jusqu’en perdre la tête, jusqu’à ce que l’appel du petit-déj se fasse trop fort. Puis, je sortais, jaillissante, fière de mon corps, avec l’assurance de l’eau et du soleil en moi. Maillot de bain rouge et jambes élancés. Les seins vers l’avant, désirants. Je partais me rhabiller à côté des toilettes, à l’ombre du palmier. Le petit chat roux du café déserté venait se glisser entre jambes, joueur, à la recherche d’un plaisir que je pouvais lui donner. D’abord, je l’ignorais et puis, je me laissais gagner à cette demande d’amour qui se faufilait entre mes jambes fuselées. Douceur des poils doux se frottant contre ma peau et du petit museau tendu vers moi. J’enlevais le haut du maillot mouillé, abandonnais peu à peu ma résistance. Il était si mignon. Il ne me restait plus qu’à ôter le bas de mon une pièce qui me serrait les fesses pour avoir enfin le sexe à l’air. Vite, une culotte pour me protéger. Et puis, je me penchais vers lui. M’accroupissais. Il sautait aussitôt sur mes genoux à la recherche d’un câlin et de mes bras. Je n’étais pas habituée à cette spontanéité-là. Sa boule chaude contre moi. Nous n’étions plus qu’un. Je le caressais et nous nous ronronnions ensemble. Un temps. Je le reposais au sol, il était temps de partir. Je me redressais. Chaque fois, il en profitait pour s’enfouir dans mon sac ouvert. C’était un jeu entre nous. Mon sac vivant remuait à mes pieds. « Prends-moi avec toi s’il te plait. » La bonne blague. « Allez, sors de là, toi. » Je le chassais, il déguerpissait et je l’abandonnais. Parce que j’avais faim. Il était temps de remplir mon ventre.

On ne mélange pas les plaisirs. Chacun reste chez soi. Aujourd’hui, je ne supporte plus cela, les amours bien gardés, bien compartimentés. Je prends le risque, quitte à tout faire exploser.

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