Polaroïd

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La photo est noire. Je n’y apparais pas. Fin de la pellicule. L’appareil n’a saisi que mon obscurité. J’agite le polaroïd en vain, dans tous les sens, dans l’espoir que surgiront, peut-être, un rayon de lumière et un trait de visage distinctif. Rien. J’ai la poisse. Certains disent que je devrais me faire traiter, voir un marabout, je ne sais pas, ce n’est pas possible à ce point.

Si je passe un examen, le candidat qui vomit sur la copie du voisin, c’est pour ma poire. Les surveillants incorruptibles qui refusent d’accorder quelques instants de plus à la malheureuse victime d’un estomac étranger malade ne m’attendront pas. Je loue un appartement, à moi l’arnaque immobilière. Je signe les papiers, récupère les clefs. On me donne rendez-vous à une adresse inconnue. Je commets l’état des lieux d’une piaule glauquissime dont je deviens l’heureuse locataire à mon insu. J’en passe et des meilleures. L’énumération serait fastidieuse et je finirai moi-même par croire qu’elle me porte malheur.

Alors je serre les dents. Je ne baisse pas les armes. Je secoue le palmier. Ma mère m’agresse avec ces intonations américaines, je m’obstine et je tiens tête. L’appareil photo ne capture que mon ombre, ma lumière viendra.

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