Strip tease à l’envers

Et puis qu’importe si ce chat ne veut pas déguerpir ? Alice hausse les épaules et pose un rapide baiser sur les lèvres d’Akihiro.

–         Bonjour, toi !

Ca doit être à lui qu’elle s’adresse. Aurait-elle déjà oublié son nom ? Akihiro ne comprend rien à cette torpeur féminine. Et les quelques mots de français qu’il maîtrise ne l’aideront probablement pas.

–         Bonjour Ali-che, répond-il dans un français hésitant.

De toute façon, il a toujours détesté les petits matins maladroits. Et celui d’aujourd’hui le prouve encore. Bien sûr, il a aimé les délices de cette nuit même s’il en porte encore les traces rouges autour des poignets… Mais il aurait tout de même préféré un peu de douceur au réveil, des caresses sous les draps et un café noir pour émerger de cette nuit blanche. Et non, se retrouver orphelin dans un lit naufragé et un appartement vide, avec pour seule compagnie, un chat aussi perdu que lui… Voilà donc sa maîtresse qui réapparaît dans toute son effrayante splendeur. Akihiro voudrait juste récupérer sa chemise et partir maintenant au plus vite. Alors, il débite n’importe quoi à toute vitesse

–         I’m sorry, I have to move out. Thank you very much for the night!

Un peu plus, il la saluerait à coup d’aligato persécuteurs. Alice enrage. Mon Dieu, comment a-t-elle pu passer la nuit avec ce suppositoire ambulant ? Quand va-t-il cesser toutes ces amabilités ? C’est bon, ils n’ont fait que coucher ensemble. Il n’y a pas d’Hiroshima dans la demeure. C’est bon qu’il dégage maintenant, qu’est-ce qu’il attend ? Elle aussi a d’autres chats à fouetter ! Et merde, le talon de sa pantoufle de Betty Boop vient de péter. Mais qu’ils aillent tous au diable, ce matin ! Quoi, l’autre, il la regarde toujours avec ses yeux de merlan frit, il n’est pas encore parti :

–         So what ? Bye bye darling ! Au revoir à jamais…

–         Euh… It’s just… I’d like to pick up my shirt…

Si ce n’est que ça, il fallait le demander plus tôt ! Qu’est-ce qu’il peut être contrit celui-là ! Allez, il est temps de s’amuser ce matin ! Alors Alice remue sa grignasse de lionne, dénoue lentement le nœud qui retient son imperméable et le fait tomber à sa pied. Elle balance ses mules cassées ; autant être pieds nus, elle ne tombera pas davantage ce matin. Elle ôte ce gros pull qui l’étouffe et dévoile enfin la chemise convoitée. Un de ses tétons est déjà en l’air. Oh, diable l’avarice !

–  Reprends ta chemise compliquée et tes rêves étriqués, chéri, chéri ! Et pendant que tu y es, débarrasse moi aussi de ce chat !

Alice est désormais nue comme un vers devant Akihiro, ses seins sont gros de désir et ses fesses rebondis ne demandent que ça. Akihiro observe sa toison. Il sourit. Dès qu’il a vu, il savait qu’elle était ainsi, la toison d’Alice : aussi noire et sauvage qu’Alice est blonde et lisse. C’est cette supposition qu’il l’a fait tant désirer Alice. Sur la toison pubienne des femmes, Akihiro est un expert. Il ne se trompe jamais.

Alice est belle et Akihiro hésite. Il n’a qu’un caleçon à enlever après tout pour assouvir son désir manifeste. Mais il préfère jouer au jeu de la cruelle. Tu veux me frustrer mon amie, et bien moi aussi. Il ramasse donc délicatement la chemise éplorée au pied de la belle et, lentement, se rhabille devant Alice, interdite. Il prend le chat et le met dans sa mallette noire. Il s’approche d’Alice, pose sa main sur son épaule et fait couler une longue caresse de sa joue à ses seins, de la chute de ses reins à son sexe, de ses cuisses jusqu’à ses pieds. Il l’embrasse enfin à un endroit interdit, la remercie et disparaît. Avant de claquer, il a juste le temps d’entendre Alice lui dire : « the name of the cat is Forêt noire ! »

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page