Un lapin, c’est une aubaine

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Dans les coulisses, Jennie est assise. Elle est en train de se faire démaquiller par Jane qui lui fait des confidences.

JANE

Tu imagines. Cinq minutes avant notre « date », la nana m’envoie ça : « vous verrez je suis très très blonde. » Comment veux-tu ne pas tomber amoureuse ?

JENNIE

Et elle l’était ? Je veux dire, très, très blonde… ?

JANE

Oh, très blonde, très blonde. Partout, oui, et c’est rare, tu noteras bien.

JENNIE

Je ne sais pas, je n’ai jamais essayé les filles.

JANE

Tu devrais, c’est toujours amusant de deviner par avance la couleur de leur chatte. Avec les mecs, c’est moins drôle. Ils sont épilés ou pas.

JENNIE

Ah berk, je déteste quand ils sont sans aucun poil. T’as déjà eu ça, toi ?

JANE

Ouais, un brésilien, c’est obligé là-bas.

JENNIE

Enfin, il y a autre chose à voir, non ?

JANE

Ouais, enfin, moi, j’ai toujours préféré ce qu’on ne voit pas. Putain, tu dors un peu en ce moment ? Je vais vider tout mon fond de teint avec ton teint blafard et tes yeux caves.

JENNIE

Merci Jane. J’aime ta franchise. Il n’y a que toi pour me dire ça.

JANE

Non, mais sérieux, ma Loulou, ça va en ce moment ? Je veux dire avec toute cette histoire… J’ai lu les journaux.

JENNIE

Tu veux dire vu, sûrement pas lu. Comment s’ils étaient capables d’écrire ! Quelle bande de connards !

JANE

C’est sûr que sur ce coup-là, ils ne t’ont pas loupée. Les photos sont atroces et tu es affreuse dessus. Mais qu’est-ce qui t’a pris de chauffer des vieux dans le jardin public ? Il faut que tu calmes un peu tes ardeurs, ma poulette.

JENNIE

Oh merde, Jane, s’il te plait, tu ne veux pas t’y mettre aussi. Finis de dissimuler ma sale gueule et on n’en parle plus. Et si tu dis encore un mot, je te préviens, je te fais virer. Tu m’emmerdes à la fin !

Silence.

VOIX OFF

Jennie, plateau dans cinq minutes !

JANE

Ca ne te va pas te jouer à la méchante, Jennie. Je te connais depuis combien de temps maintenant ? Dix ans ? C’est ça ? Ca fait dix ans que tu fais les plateaux télé, non ? Je t’ai vue arriver, t’étais personne. Je dis ça pour ton bien, c’est tout. T’es nympho, c’est pas nouveau mais fais un peu gaffe à toi, c’est tout. Un peu de décence tout de même !

JENNIE

Qu’est-ce que vous avez tous à vouloir mon bien ? Qu’est-ce qui vous inquiète tant ? De ne plus pouvoir traire la vache à lait, c’est ça ? Qu’est-ce que vous avez tout soudainement avec la décence ? Parce que tu crois peut-être que c’est décent ce qu’on fait ici ? C’est de la merde, si tu veux savoir. Et vous êtes tous aussi merdiques les uns que les autres !

JANE

Calme-toi et lâche-moi…

JENNIE

Et moi aussi, je suis merdique…

Elle pleure. Jane la prend dans ses bras et la console.

JANE

Putain, arrête, on n’a plus de temps. T’es en train de saloper tout mon travail.

JENNIE (geignarde)

Pardon, je suis désolée. Quand j’étais petite, ma mère me mettait la tête sous l’eau du robinet lors de mes crises…

JANE

Oui, bon, on fait ça plus proprement ici. Va dans les chiottes, il y a tout ce qu’il faut là-bas. Dépêche-toi, on termine tôt aujourd’hui.

Silence. Jennie se lève et part aux toilettes.

 

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