Scène 1 – Le fou (Willy)

37ème étage de la Tour aux Millions. Scène vide et délabrée, à l’instar d’une vieille salle de répétition. Un jeune homme, casque aux oreilles, entre, déterminé. Musique. Il commence à danser comme enragé. Jusqu’à en perdre haleine. Il s’allonge au sol pour reprendre son souffle. Il regarde une hypothétique araignée au plafond. Il n’y en pas. L’araignée est seulement dans sa tête. Il commence à parler, seul.

WILLY

Je m’en fous. Je reste ici, je me planque, je m’écroulerai avec elles. Elles ont beau être moches et pourries elles restent ma vie. Ca ne se dynamite pas comme ça. Même si c’est pour une question de confort urbain, de logistique humaine et de politique bien ordonnée qui commence par soi-même. Trop tard pour se refaire le costard, la politique en berne, il fallait y penser avant. Avant de construire ces tours affreuses, cages à rats, clapets à lapins, trous de mes fesses, ou plutôt repaires de fous.

Où l’on balance les poubelles du septième ciel parce qu’on a la flemme. Où les grands frères font la loi et les petits la bazardent. Où l’on préfère faire glisser son cul sur la rambarde plutôt que d’emprunter l’escalier. De peur de s’y casser la figure en ratant une marche absente. Ou de tomber sur la merde des chiens que les voisins paresseux ont lâchés dans l’escalier.

Le compte à rebours a commencé. En bas, ils s’agitent. Les barbecues rivalisent avec les méchouis, c’est la fête. On enterre un passé pour oublier de célébrer ce demain qui ne viendra pas. C’est transversal. On déplace le problème. Mais à quoi bon le crier ? Je n’ai pas envie de leur mettre la puce à l’oreille. Je ne suis pas lâche, non, c’est différent : je les connais. Au moment des faits, quand tout s’écroulera, personne ne me pensera pris dans  la dégringolade. En guise d’au revoir, j’envoie un dernier tweet et good bye ! Il y aura toujours un fou enfermé dans la tour.

Il sort.

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