Frances et Phil

– Ok. Eh bien, moi, je ne vois pas les couleurs.

Je n’ai pas tout de suite compris. D’abord, je me suis dit. Flûte, j’ai mis ma robe rouge pour attiser son désir et elle doit être tout grise dans sa vision toute en noir et blanc, c’est con. Je l’interroge donc, mutine:

– Tu ne joues pas le jeu. Cela n’a rien de compromettant.

– Pour un critique et expert en art, si.

– Comment fais-tu alors?

– J’ai eu la révélation avec Francis Bacon. Il suffisait de compenser. Se laisser imprégner par le tableau jusqu’à saturation, jusqu’à son écho vibre dans la moindre de tes cellules, jusqu’au plus profond de toi. A l’intérieur de nous, il n’y a pas de couleur. Tout y est pourtant vivant, indispensable, connecté. C’est ainsi que je travaille, en entrant à l’intérieur de la matière.

Disait-il, bien conscient, qu’il entrait alors en moi, dans la moindre de mes cellules. Que je lui appartenais. Il ne voyait pas les couleurs mais il me voyait, moi, toute entière.

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