Les corps me manquent

– Non, mais lis ça : « La lune est presque pleine ce soir, c’est mieux que rien, mais pas assez pour voir ce que tu caches. » Franchement, qui va répondre à ce genre de petite annonce ? Cela pourrait s’adresser à n’importe qui !

– De toute façon, il n’y a pas de mail pour répondre et le mec qui a écrit cela ne doit pas sortir de chez lui, la pleine lune est passée depuis une semaine au moins. Tu veux que je te dise, ces petites annonces dans Libération, c’est bidon.

– Non, pas vraiment, tu te trompes.

– Quoi, t’as essayé peut-être ? T’as déjà retrouvé quelqu’un comme ça ?

– Pas tout à fait.

– Attends, j’imagine : « Concert Dionysos, théâtre antique. Vous, pantalon bleu, haut bleu, blanc, rouge, cheveux longs, merveilleuse…Folle envie de vous revoir…Le mec des lilas »

– Tu chauffes, tu chauffes…

– Sérieux ? T’as déjà eu un des messages personnels qui t’était adressé ?

– Presque…

– Parfois, moi, j’achète le Libé parfois, juste pour vérifier si le bel échange de regards dans le métro ne s’est pas glissé deux jours plus tard dans les pages de mon journal et veut me revoir.

– Ca ne risque pas de t’arriver.

– Sympa, merci.

– Non, ce n’est pas ce que je voulais dire.

– Ca va, je suis habituée à ton indélicatesse. Bon, alors, tu le craches ce morceau ?

– En fait, j’ai croisé à une soirée le mec qui écrit ces messages personnels.

– J’avais raison, c’est donc bel et bien bidon.

– Non, plus exactement, c’est faux et c’est vrai.

– En même temps ?

– Le mec en question est payé pour traîner dans les rues et observer les possibles entre les gens. Le message s’enracine donc chaque fois dans le réel. Il ne fait que mettre en mots ce qu’il a vu. Il révèle l’émergent enfoui. Et puis ensuite, qui sait ? , peut-être l’histoire continue sans lui. Ou d’autres histoires qui l’auront lues pour siennes.

– Tu bluffes ?

– A toi de voir…

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