Elie

J’aime embêter les filles et voir le rouge leur monter aux joues. Les siffler dans la rue, regarder sous leur jupe dans les escaliers en colimaçon, les fixer dans les yeux dans l’ascenseur ou leur proposer une cigarette dans la salle d’attente.

D’abord, offusquées, elles me jettent et s’en balancent pas mal de mes remarques de mâle « affamé ». Un puis l’instant d’après, je décoche la bonne parole et le regard qui en dit long, très long, oui, et les femmes freinent leur pas, suspendent leur course et me regardent, oui, moi, qui ai daigné rendre hommage à leur féminité si unique…

Ah, ah, ça fait la fière, oui, mais sous la peau, ça palpite et ça désire. Elles se demandent alors si elles ont affaire à un parfait gentleman ou un vieux pervers pépère. La frontière entre les deux n’est finalement peut-être pas si étroite ?

Moi, je profite de leur hésitation, je prends le chemin des douaniers et je m’apprête à gravir leur mont. Et lorsque leur main devrait s’abattre sur ma joue, la colère a cédé la place au trouble, la demoiselle hésite, ma conquête se ravise.

Et la jeune maman en face de moi saisit ma cigarette et nous fumons ensemble, nonchalamment, crânement, égoïstement… Elle est belle, elle a les cheveux crépus et les yeux verts. Elle oublie qu’elle doit tout à son enfant, qu’elle a encore cinq machines à laver qui l’attendent et le week-end à l’île de Ré à organiser. Respire, ma belle, fume ! Tu t’enfuiras toujours assez vite quand le docteur Coloboc te rappellera à ta réalité…

J’aime les grosses, les maigres, les autostoppeuses, les femmes de tête, les nubiles, les bien mûres, les maquées, les esseulées, les mères, les filles. Je les aime plurielles surtout. Je les aime salement aussi. L’amour éthéré des poètes, le monde est las et la chair est triste, non merci, très peu pour moi ! J’ai le goût de la chair, de la sève et de la femelle.

Je me rallume une clope, seul. J’en ai marre de ces anti-chambres de docteurs qui, à coup d’affiches, vous dictent leur morale. Vous cherchez le mode d’emploi de la vie ? Rendez-vous dans une salle d’attente : vous y saurez que vous devez utiliser des préservatifs, manger cinq fruits et légumes par jour et composer le numéro vert suivant si une envie de suicide vous prenait.

La porte s’ouvre, mon cher docteur Coloboc pointe son nez et dit :

« Ah, Elie, c’est encore toi qui fais perdre la tête à mes patients ? Allez, vieux, entre et montre moi les dernières nouveautés  de tes labos! »

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