Etes-vous une vraie salope?

« Vous apprenez qu’une amie trompe son mec,

– vous la jalousez : vous aimeriez bien en faire de même…

– vous avez peur pour elle : la pauvre, tout cela finira forcément mal…

– vous dites tout à son mec et en profitez pour coucher avec: le coup de l’arroseur arrosé vous a toujours plu… »

Nora est interrompue dans la lecture attentive de son magazine par des grognements suspects de son petit Gaspard. Elle lève la tête, inquiète, voit le spectacle d’un mini ogre aux joues carrées et s’écrie : « Non, Gaspard, tu ne manges pas les legos ! C’est interdit, ça fait des nœuds à l’estomac. Enlève-les immédiatement de ta bouche ! »

Dans la salle d’attente du docteur Coloboc, deux petits yeux vifs la fixent avec insolence. Nora a compris, il va falloir y mettre les doigts, confisquer les legos et s’occuper un peu du garçon. Elle soupire. Elle aurait bien aimé poursuivre le test et savoir, si, oui ou non, elle est une vraie salope.

Gaspard lui crache finalement ses legos dans les mains : deux cubes rouges, une fleur et un pavé vert. Bravo ! Puis, grognon, il se réfugie dans les bras de sa mère : « J’aime pas i-chi, ça ch-ent mauvais ! » Nora culpabilise. C’est de sa faute. Elle l’a délaissé trop longtemps, il a besoin d’un gros câlin. Elle, elle aurait juste besoin de respirer un peu plus.

Tout en berçant son petit homme de quatre ans, elle tente de l’envoûter : « Tu ne veux pas être sage comme le grand garçon aux oreilles décollés qui était avec nous tout à l’heure ? Tu as vu, mon petit loup, comme il ne bougeait pas d’un pouce en attendant son papa ? »

Gaspard lui réplique immédiatement : « Oui, par-che qu’il est malade ! » Cette foutue vérité, elle ne pourrait pas y rester parfois dans la bouche des enfants ? Ni une, ni deux, Nora appelle à la rescousse la petite puce qui monte, qui monte, qui monte… Gaspard sur ses genoux rit, il en veut encore.

Sont alors convoqués la petite Charlotte, le vent frais du matin, Pandi Panda, et, à bout d’inspiration, ma philosophie. Gaspard jubile quand il entend Nora chantonner : «  Viser la Lune, ça me fait pas peur /Même à l’usure /J’y crois encore et en cœur /Des sacrifices /S’il le faut j’en ferai /J’en ai déjà fait / Mais toujours le poing levé… » Un peu plus, elle danserait pour lui. Il est rassuré, il sent qu’elle est de nouveau avec lui. Elle ne lui en veut plus, sa petite maman.

Un homme d’un certain âge entre alors dans la pièce, descend les escaliers, les salue et s’assied à la place du garçon aux oreilles décollées. Gaspard, ressourcé d’amour maternel, retourne jouer à sa petite table. Un dernier bisou et il laisse sa mère face au nouvel arrivant qui la dévisage. Nora rougit et replonge dans son journal féminin :

« Vous vous retrouvez seule avec un bel inconnu dans un compartiment de train vide :

– vous lui demandez illico une cigarette… et plus si affinités…

– vous changez de wagon…

– vous fantasmez sur lui tout au long du trajet sans rien laisser paraître… »

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