Bloodstain

J’arrivais au pont, le traversais, y pris une photo. Sur l’une de ces poutres, il indiquait le point G d’une flèche ascendante. Il suffisait donc de regarder en l’air pour l’atteindre ? J’entrais sur l’étroit sentier pédestre à travers les sous-bois. Un bruissement. Pas de chance, une pie voleuse, surprise, s’envola à un mètre de moi. Je ne réussis pas à dégainer mon appareil à temps. Aux abords de la piscine, je me préparai à sortir mon passe pour jouer à l’habituée des lieux. Je découvris mon sac entrouvert. Et merde, il y manquait mon portefeuille…

Je fouillais le sac à dos plusieurs fois. Pas de panique, il avait sûrement dû tomber. Il suffisait de retrousser chemin, l’œil aux aguets. J’énumérais déjà les ennuyeuses conséquences : déclaration à la police, tracas administratifs, etc. De quelle couleur était-il déjà ? Rouge bordeaux. Comment dit-on ça en anglais ? Red wine.

Mes yeux erraient non plus à la recherche de la bonne photo mais du bien perdu. Je passais dans la zone portuaire, retrouvais les allées de la ville. Enfin, je le distinguais au loin, là, échoué sur le trottoir, le long du parc d’enfants, une forme oblongue et floue. J’en étais sûre, elle n’y était pas tout à l’heure. J’accélérais mon pas. Mon regard se détourna immédiatement à sa hauteur : un chat noir et blanc gisait, les yeux grands ouverts, le crâne baignant dans une petite mare de sang. Mort.

A la gare, je réalisais que j’avais aussi perdu mon carnet noir. Dedans : mes dessins, mon journal intime, mes confessions, mes petits riens, mes grands touts. J’appelais pour l’opposition de ma carte bancaire. La batterie de téléphone en fin de vie menaçait de couper la conversation à chaque instant. L’abrutie au bout du fil me demandait précisément le code postal de ma ville de résidence. Je n’en avais pas la moindre idée. Je réglais hâtivement l’affaire en mentant.

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