Zig zag des sorcières

J’étais dans le train, le bon train, je n’étais pas peu fière. Je commençais donc à y arriver. Mes cheveux étaient sales. Je n’étais pas soignée, pas maquillée. J’avais pleuré toute la matinée, prise en corps à corps avec une histoire qui suintait d’une triste maison hantée. J’en étais venue à interpeller son fantôme, mon personnage, pour qu’il me vînt en aide. Et puis, j’avais tout laissé tomber pour suivre le programme quadrillé: m’oublier dans la piscine de L. Y aligner méthodiquement des lignes de nage et enchaîner avec jacuzzi, douche, sauna, et de nouveau douche, puis retour à la case départ pour attraper le train de retour à temps.

J’avais pris mon appareil photo avec moi parce qu’il fallait aussi mettre une photo par jour sur mon blog. C’était l’une de mes nouvelles contraintes. En plus de faire le yoga du matin, un dessin par jour, écrire les deux projets-histoires de la résidence, philosopher sur le petit carnet à philosophie, re-dessiner une photo de Francesca Woodman, pratiquer un peu de sport – car il faut toujours sortir une fois par jour- , écrire l’un des mille et un épisodes du journal intime en cours et lire un livre. Je n’exagère rien. Je ne suis pas maniaque, je ne me suis jamais lavée dix fois les mains – ce tic était réservé à mon frère – mais j’aime me construire des cadres pour créer. Ou plus exactement pour me rassurer. Pour lutter contre ma paresse. Surtout contre moi.

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page