Vol perdu

Ca commence comme dans un roman de Paul Auster. J’étais à l’étranger, en Norvège. En fuite, non. J’étais ici pour écrire pendant un mois. Achever le best-seller que je ne parvenais à pondre dans le tumulte de la vie parisienne. Bien que le projet fût prévu de longue date, il avait pris un goût de punition. Presque de bannissement. Je sortais d’une rupture douloureuse dont je portais la faute sur mes épaules et le poids dans mon cœur.

Depuis mon arrivée, j’avais totalement perdu le sens de l’espace. Mon esprit se prêtait sans fin à de vains allers-retours et s’efforçait de toujours prendre la direction opposée à celle que je souhaitais. Il n’y avait pourtant rien d’irrationnel ici. Les indications étaient claires, le pays développé et bien structuré, les habitants aimables. Tout était méthodique, carré et pourtant… Moi qui ne me suis jamais égarée dans le bazar de la médina, je mettais des heures à trouver une piscine située à dix minutes à pied. Je tournais trois fois autour d’un même quartier. Quand je la découvrais enfin, je restais collée à ses vitres. L’établissement était fermé pour l’été. Je l’ignorais.

Je m’acharnais. Je voulais me rendre à L. où se trouvait le bassin sportif le plus proche. J’empruntais le train pour S. et remontais inutilement la ligne ferroviaire jusqu’au terminus pour mieux la redescendre ensuite. Mes mouvements balbutiaient. J’errais dans un univers logique et universel, la tête à l’envers. Je cherchais la rivière du côté des champs. Chaque jour, je répétais les mêmes erreurs. Je bégayais.

A défaut de suivre mon intuition, je décidais de me fier à ma mémoire. Si le train venait de gauche, alors, oui, je pouvais monter dedans. Il était du nord et se dirigeait donc vers le sud. Vers L. Par contre, pour revenir, il devait provenir de la droite pour que je pusse remonter au nord. Je compensais mais ce n’était pas encore assez.

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