Anonyme

« Il y a un mois, j’ai demandé à Madame Luigi, ma voisine:

“Et pourquoi on la répare pas, la minuterie ?…”

Elle m’a répondu:

“C’est l’électricien. Il coupe la nuit…”

Coupeur de nuit.

Les containers sont vides. Ici, les gens préfèrent balancer leurs ordures par la fenêtre. Estimons qu’on jette ses ordures par la fenêtre comme une plainte sort de la bouche, on obéit à une force irrépressible, il faut évacuer vers l’extérieur. Madame Luigi et ses amies du ménage en sont venues à porter un casque en évacuant les ordures au pied de l’immeuble, car pendant le ramassage, la dégringolade continue. Chez moi, on ne jette pas les ordures par la fenêtre. On les garde dans la cuisine. C’est plus propre.

Il y a quarante-huit containers, et je me suis écrasée sur douze d’entre eux avant de trouver la porte qui donne sur l’escalier.

Ma Mère dit:

“C’est l’amour qui permet de distinguer le jour de la nuit”.

Dans l’escalier, il n’y a pas d’amour, c’est dire si la nuit y est profonde.

Du huitième étage, je suis descendue jusqu’au cinquième. C’est là qu’est le prochain couloir circulaire. J’aurais pu continuer ma descente, mais j’ai l’instinct du gibier. La voie était bouchée. Quelqu’un avait lâché ses pitbulls entre le cinquième et le troisième, j’entendais les fauves haleter. Les gens, ici, lâchent les chiens dans les escaliers, ça leur évite de descendre jusqu’à la pelouse pour les faire pisser. La propreté de la cage laisse parfois atrocement à désirer, mais je ne suis dresseuse ni des pitbulls, ni de leur maître.« 

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