La fille du mardi

Je suis la fille du mardi qui rêve au garçon du dimanche après-midi. Moi aussi, j’aimerais qu’on m’appelle Venise. Je ne sais pas pourquoi porter le nom d’une ville étrangère, ça me plairait. Aux canaux boueux et un peu trop fréquentés. Un peu vulgaire parce que trop chic.

Chaque personne a un goût de journée, j’en suis sûre désormais. Certains se prêtent même aux grands jours. Vous vous appelez Noël, imaginez. Moi, c’est Ascension. Et toi ? Et d’autres, c’est tout simplement le 29 février. On ne les voit qu’une fois sur quatre. Ils brillent par leur absence.

Certaines personnes, je pense, ont des saveurs de semaine, d’année, de siècle. Ils sont chiants à mourir. On n’en finit jamais avec eux. Ils ne se prêtent pas à l’instant. Bloc de pierre. Cœur de pierre. Ils ne connaissent ni l’éphémère ni l’irremplaçable. Ils creusent leur tombe.

Je connaissais une fille du mercredi midi. Elle sonnait comme l’alarme des pompiers. Sans raison. Elle avait juste besoin de claironner. De nous avertir d’un danger qu’elle ignorait. Qu’il allait venir. Qu’il fallait prévenir. La vie peut-être ?

Ma mère est une année bissextile. Eternel sourire aux lèvres. Elle croit à l’éternel retour. Mon père, lui, apparaît comme les fantômes à minuit, à l’heure du crime. Mon chien est de l’aurore. Heureusement, je suis fille unique, je n’aurais pas aimé me serrer dans ce calendrier familial.

Mes amis se déclinent du lundi au dimanche. Certains ont la fraîcheur des petits matins après des longues et chaudes nuits à rêver, d’autres sont du tea time, d’autres incontestablement se pointent aux heures du déjeuner et du dîner. Il y en a qui se posent à côté du temps, qui vivent en décalé.

Les bébés ne cessent de crier parce qu’ils ne supportent pas cette séparation si rude des jours et des nuits. Eux, ils ne sont encore que des minutes, des heures qui passent. Vivantes et déjà achevées.

 

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