La nounou doit rester au bord du cocon bourgeois

Je suis la servante, celle qui torche vos gosses et les amuse lorsque vous bataillez ferme à votre présentation client. Parfois, vous arrivez à l’avance, un peu paranoïaque, pour savoir comment je m’en occupe. Vous vous imaginez déjà, horrifié, comment je les sors du bain par les pieds. Ou je les trimballe, oublieuse sur mon dos, les cognant aux moignons de vos portes. C’est l’inconvénient avec les « africaines », elles sont maternelles mais négligentes. Les enfants là-bas sont élevés à la dure. Histoire de peau peut-être.

Au moins, je ne me drogue pas, ce qui vous rassure. J’ai bien vu la webcam que vous avez installée dans le salon, qui me traque. Je n’en ai cure. Big Brother, oui, je le connais celui-là, ça vous étonne ? Ca ne compte pas pour moi. C’est votre éducation ; vous habituez seulement votre engeance, votre dégénérescence, au contrôle permanent, au contrôle visuel. Au mauvais œil.

Vous ne m’avez placé qu’un interdit : celui de taire les progrès des petits. Vous voulez garder la primeur de la première fois. Premier balbutiement, premier mot, premier pas. Vous préférez être dupe de vous-même qu’avouer que j’ai pour moi le plus précieux : le temps. Celui que vous n’avez pas, que vous perdez. Jour après jour.

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