Je lui ai dit je t’aime à l’américaine, il l’a compris à la française

A l’époque, j’aimais beaucoup. Et de manière désordonnée. Ou plutôt selon un ordre qui n’appartenait qu’à moi. Je les choisissais selon leur nom et prénom : Stéphane Rose, Olivier Magenta, Cyril Durouge, Carl Grün, Greg Schwartz… Je composais ma palette.

Je me le rappelle : je disais aussi je t’aime à tout bout de champ. J’admirais alors la facilité de la culture ambiante pour le sentimentalisme et les déclarations mièvres que l’on refile à tout vent comme des boîtes de chocolat. Les mots doux ne portaient pas à conséquence. Les actes non plus. Ce que je refusais, l’interdit, c’était de manger avec eux. Alors, là, oui, cela devenait obscène.

Une fois, je suis sortie avec un américain, un vrai. Petit, trapu, les yeux clairs et cette manière qu’il avait pour lier ou délier son plaisir au mien. Il me décomposait. C’était aussi bon et douloureux qu’une chanson de Johnny Cash fredonnée au petit matin.

Alors, je lui ai dit je t’aime à l’américaine, malheureusement il l’a compris à la française. C’est la première fois qu’on me traitait d’heartbreaker (?!). C’était flatteur sans que je comprenne bien ce qui clochait en moi.

Les restes des jours, je défilais sur des hauts talons dans des maillots de bain roses à double épaisseur. J’étais Violette qui avait la côte sur le marché.

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