Simulation d’incidents de vie

Quand je suis sortie, je suis allée au bord de la mer. Pour quinze jours. Avec une amie. Comme dirait le poncif, pour me ressourcer. On me toisait, on me regardait. Moi, avec ma mine cave et les traits tirés. Je n’avais pas une gueule balnéaire.

Je suis rentrée à l’hôpital en urgence. Pourquoi ? C’est drôle, cela faisait des mois que je crevais. J’y suis restée quinze jours. Soupape de décompression contre la réalité. Résidence. Bulle renversée et la neige à mes côtés.

A la mer, mon amie, parapentiste, m’a raconté son stage de simulation d’incidents de vol. Je l’enviais. « Tu comprends, pendant trois jours, tu simules tout ce qui pourrait t’arriver de pire. Histoire de voir comment tu réagirais en plein vol. Tu peux tomber. En toute impunité. Le lac t’attend en bas. Comme un filet de secours. »

J’ai pensé la vie est un cirque. J’aurais aimé tomber et retomber encore. Remonter ensuite sur le fil. Aller dans la cage aux lions. Connaître la volupté de se faire dévorer. Et puis, rejaillir vainqueur, maîtresse et fouet en mains. J’aurais voulu me lancer dans les bras d’un autre trapéziste, m’envoyer en l’air. Histoire de tester. Et puis, me prendre une tarte à la crème, pisser de pleurs et de nouveau hurler de rire pour la foule affamée. Pourquoi n’existe-t-il pas de stage de simulation d’incidents de vie ?

J’ai pensé : on compare souvent les vieillards aux bébés mais pas aux adolescents. On a tort. L’âme n’est jamais alors si triste et tentée par ce qu’elle n’est pas…plus ?

Share on FacebookTweet about this on TwitterPin on PinterestShare on TumblrPrint this page