Chauffeuse et méridienne

J’installe mon cabinet. Au mur, je ne veux pas de masque africain. Au sol, je ne veux pas de tapis persan. Et surtout, je ne veux pas un vulgaire divan pour mes patients

Je ne sais plus le nom de ce meuble. Je le visualise déjà : velours, bordeaux ou vert d’eau, avec un accoudoir, à gauche, élégant, sur pieds ciselés. Les mots défilent dans ma tête. Est-ce qu’on appelle une chauffeuse ? Un sofa ? Une liseuse ? Une méridienne ? Une dormeuse ? Je deviens ce canapé. Prêt à recevoir l’abandon de l’autre et de ses rêves.

L’objet emprunte bien davantage à l’érotisme, au libertinage, au plaisir aristocrate et suffisant que le lit bourgeois, établi et fertile. Là, on se repose du travail, on recharge les batteries et l’on fait des enfants. Moi, je souhaite une banquette qui emprunte au boudoir et à l’interdit.

Derrière mon bureau, j’accrocherai un tableau, celui d’un chat en col mao, les yeux gris, la peau mordorée.

Je n’ai jamais été très déco. Parce que femme, j’ai toujours eu peur d’être reléguée au foyer. Son aménagement. Son enfermement. Pour la première fois, je réfléchis à mon intérieur. Un espace vide où le regard puisse s’attarder, indiscret, sur quelques détails incongrus et hypnotisants.

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