Violette

Je suis sortie de l’hôpital. Pâle. On n’avait plus besoin de me réchauffer. Ma chaudière était rallumée. Parce que j’avais le goût de l’autre. Des autres. Et c’est cette envie qui me poussait à tremper ma banane dans un yaourt de chocolat et la mettre dans ma bouche alors que je n’en voulais pas. On m’avait diagnostiquée, on m’avait prise à temps, on m’avait traitée. Je repartais. Prête à l’emploi.

Dans ma tête, il y avait des cratères. Semblables à ceux qui parsemaient la peau de mon psy. Il me téléphonait tous les jours. Je lui racontais en détail les moindres ingrédients ingurgités. Comme une victoire. Signe inéluctable du ravalement amorcé de mon esprit.

J’aurais dû lire à l’époque les grands récits mystiques des saints qui jouissaient de leur martyre prolongé. J’aurais trouvé là réconfort et empathie. Je n’étais pas seule. Donc. Je ne l’ai pas fait. Pas d’allié ou de suppléant qui m’attendait sur le banc de touche. Seule. Donc.

L’hôpital était à l’écart de la ville. Dans une forêt. Comme le voudrait n’importe quel conte. Les résonances de son nom alliaient le velours trompeur de la faux et le morse d’un appel à l’aide.

Je marchais dans le parc, les mains derrière le dos. A l’instar des penseurs illustres et de mon fantôme de père.

La nuit, les ressorts de mon lit me parlaient. A défaut de dormir, je les écoutais. Grincements de dents, d’os et de fer.

Que je sois bien ou mal, je suis Violette. Mon nom. Mon non. Non. Non. NON.

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