Touché coulé

Je m’appelle Jacques Le Brun. Je me rends tous les jours dans un hôtel pour écouter une femme que je ne connais pas me raconter des histoires. C’est le meilleur remède que j’ai trouvé jusqu’à maintenant pour oublier l’autre femme, la mienne, celle qui est morte il y a un an. Je ne travaille pas. Congé sabbatique prolongé et forcé. Mise en disponibilité de l’Education Nationale. A l’écart de la transmission. Pour un temps.

Dans la vie civile, j’étais professeur. Éminent. Me suis fait connaître par ma philosophie du touché coulé. On n’y avait jamais pensé auparavant. Tout ce que ce jeu représentait d’érotique et de masqué. C’est ce que j’ai fait. Si tu me touches, tu me coules. Mais si tu m’aperçois, tu triches. Si je t’imagine, alors je te vois. Peut-être pourrais-je à mon tour de faire sombrer. Entre nous, un paravent, une cloison, la distance, le désir. Nous avançons nos pions. Nous nous fuyons à l’aveugle.

Et yeux dans les yeux, les joueurs se trompent l’un et l’autre. Ma théorie, il y a plus d’intelligence à perdre à ce jeu qu’à y gagner. Devinez pourquoi…

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