Plaisir décomposé

Je suis sorti, je n’avais rien compris. Je savais que je reviendrais néanmoins le lendemain. Je ne me souvenais plus ni de son visage ni de l’histoire contée. Rien. Simplement que le rendez-vous était fixé au jour suivant et que j’y serais.

Je suis rentré chez moi. C’était tout de même un événement, ce non événement. Un rituel qui se mettait en place. Une nouvelle habitude amorcée dont je ne connaissais ni le goût ni la saveur. Qu’importe, une nouvelle case venait d’apparaître dans mon emploi du temps.

Totalement vide. Hormis bien sûr pour les cigarettes et les croissants.

Puis j’ai eu envie de pain au chocolat. Comme une envie subite. Mes papilles frétillaient. L’eau me montait à ma bouche. A l’arrière du palais, la salive devint piquante, impatiente et prête. Pour la nourriture. Pour l’autre.

Je me suis souvenu de ma femme. J’éprouvais la même sensation quand j’avais envie de l’embrasser. La gorge se noue, la bouche s’assèche, la langue voudrait sortir, les lèvres s’humectent et le désir s’élève du fond des entrailles.

Je n’ai acheté qu’une viennoiserie ce jour-là. A 17h. Première entorse à ma règle de conduite post-décès. J’ai mangé délicatement le pain. A vrai dire, j’ai davantage pratiqué son autopsie. Je l’ai ouvert. Il y avait deux barres de chocolat, c’était super. Je les ai enlevés. J’ai d’abord attaqué la croûte dorée puis la chair tendre et fragile. Et j’ai terminé par le noir cacao.

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