Les mots composés

Je n’ai jamais compris cette règle. Où place-t-on le s du pluriel aux mots composés ? Sur le premier terme ou sur le deuxième ? L’un ou l’autre ? Ou les deux à la fois ? C’est ce genre de question qui me turlupine la nuit et que j’aime poser le matin à Nadine.

Ta lettre t’a plu, oui, mais elle a ouvert en moi un abîme. Je bute sur la falaise de la langue française. Et nous passons des heures à pérorer sur la validité de la meilleure hypothèse. Nos batailles sur fond de petit Bled me réjouissent.

Ce n’est pas le solution que je recherche, il suffirait en un clic de vérifier sur Internet, je le sais, non, ce qui me plait, c’est leur vacuité. Ce luxe-là.

Avec mes enfants, impossible de tenir de tels propos. Ils risqueraient immédiatement d’appeler mon médecin, inquiets de ma santé morale et prêts à me préconiser les dernières pilules bonheur pour vieux, préconisées sur France Inter. C’est peut-être ça, la vieillesse, au bout du compte, être toujours à côté de la plaque.

Nadine n’a pas peur de l’absurde. De compter avec moi les perles du collier. En échange, j’écoute ses histoires à elle.

Elle me dit : « c’est drôle, toi, je n’aurais pas pensé un jour t’aimer. Pourtant quoi de plus normal ? Tu es mon beau-frère. Ce n’est pas nouveau pour moi, ces amours-là…Jure-moi que tu ne le raconteras pas ? »

Là, pendus au bout du fils, on se retrouve tous les deux dans la cour de récré. Au fond des chiottes, là, où l’on se dit des secrets. Où les filles nous montrent ce qu’elles ont sous la culotte. Et nous permettent de les lécher.

J’acquiesce, oui. Je crains qu’il n’y ait personne d’autre que moi sur le fil mais je ne contredis pas la paranoïa de Nadine.

Alors, elle me parle de son feu mari et de ses deux frères. « J’en ai épousé un mais je les ai aimés tous les trois. Comme dans la Mahâbhârata, tu vois… »

Déesse indienne, Nadine ? Oui, j’y crois…

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