Laurent

Quand j’ai rencontré Julia, elle n’était pas la femme qu’elle est aujourd’hui. Belle, intelligente, elle parlait déjà 5 langues et connaissait tout le programme de Sciences Politiques. Elle pouvait vous expliquer pourquoi Chateaubriand est furieusement drôle contrairement à ce que l’on croit. Et pourtant…elle n’aurait pas parié pas un kopek sur elle. J’avais déjà remarqué ça chez mes ex, surtout les plus brillantes, ce manque total de confiance. Vertu féminine ? Tendance prononcée pour l’abstraction et les choses de l’esprit et incapacité totale de dire merde au premier abruti qui vous marche sur les pieds.
Je ne prétendrai pas l’avoir changée. Au mieux, peut-être, l’avoir révélée à elle-même. Déformation professionnelle peut-être. C’est simple, dès que j’ai une idée, je l’exécute. Jusqu’au bout. Jusqu’elle prenne chair, qu’elle soit une évidence pour les autres et qu’elle finisse par m’ennuyer… Je lance des business et je les vends.
J’adore ma start-up du moment. L’idée m’est venue en regardant les 101 dalmatiens avec ma fille. Manon veut toujours voir la même scène. Celle du tel chien, tel maître. C’est alors que j’ai compris l’argent à engranger ici.
Le concept est simple : proposer aux maîtres de marier leurs chiens. Le site fonctionne comme un site de rencontre classique : photos et descriptions des prétendants et possibilité de choisir sa cible de manière plus ou moins affinée selon les options de l’abonnement. Là, où ça se corse, c’est que nous allons au-delà du site d’élevage. Il ne s’agit pas tant de choisir une bonne saillie, d’accoupler son chien avec le profil approprié pour perpétuer la race. Bien sûr que non, ceci n’est qu’un paravent, un prétexte pour permettre aux  maîtres se rencontrer.
L’idée marche du tonnerre, nous avons déjà 60 000 visites, rien que pour le premier mois. C’est normal, nous avons profondément compris l’évolution de l’esprit humain face au web. Vous ne pouvez plus vous permettre d’être direct et proposer bêtement aux gens ce qu’ils cherchent. Non, vous devez comprendre leur désir profond et leur permettre d’y accéder de manière détournée sans qu’ils s’en rendent compte. Le service ne peut plus être linéaire sur internet, il doit être méta-linéaire et jouer sur l’hypertexte. Sinon le cerveau humain s’ennuie. Il n’a pas envie de tout cuit, particulièrement dans le domaine de la chasse amoureuse. Avec le site les Amours chiennes, je réponds aux nouvelles compétences cognitives des générations web : sérendipité et inférence abductive. Autrement dit leur capacité d’exploiter, avec sagacité, des informations qu’ils ne cherchaient pas au départ. Et l’air de rien, je réintroduis du hasard dans la rencontre amoureuse…

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