Comptine

«Une puce un pou assis sur un tabouret jouaient aux cartes, la puce perdait, la puce en colère attrapa le pou, le flanqua par terre, lui tordit le cou…ohé ohé Madame la puce, qu’avez-vous fait là ? J’ai commis un crime, un assa-ssi-nat !» Cette comptine lui trotte dans la tête. Sa chanson préférée, petite. Surtout la fin. Le plaisir du coup de sentence ou celui de la revendication du passage à l’acte ? Fredonné alors à tue-tête et ponctué par mouvements de mains appropriés et demi-tour final pour clôture cette danse macabre à deux.
Elle est réveillée dans ses rêveries par les hurlements de Manon. Echouée dans la sable. Tombée vraisemblablement du haut de la balançoire. Elle accourt sans se presser. « Ce n’est rien, ma chérie. Un bisous et je te chasse le mauvais.» L’enfant se réconforte dans ses bras.
La nuit est définitivement tombée. La puce a gagné. C’est l’heure où les assassins se meuvent comme des chats, dans le repos de l’indiscernable. Et de l’indicible. La petite ne pleure plus. Julia la console encore. Se rassure aussi.
Tout cela commence par une partie de cartes qui tourne mal. La puce ne supporte pas le risque du jeu, celui de perdre. Les dés sont pipés. Mais à quoi bon jouer si l’on ne fait que gagner ? Effet de manche ou fureur de ne pas se savoir béni du Dieu ? Le hasard n’est pas de mon côté.
Etrange, je m’appelle tout de même Duhazard. Julia Duhazard. Comme une malédiction. Que signifie le poids des mots sur notre destinée ? Elle continue de bercer Manon qui s’est endormie. Monde des rêves et des cauchemars, où me conduis-tu ?

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