Bêtises

Maman ne me regarde pas. Elle n’est plus sur mon dos. Enfin, seule ! Ces secondes de liberté m’échapperont aussi vite que les grains de sable entre mes doigts. Qu’importe ! Je les savoure. Et goûte à ma volonté suprême.

Moi, je veux. Moi, je veux tout. Et si tout est comme Maman, alors, rien ne me résiste.

Je ne suis plus un bébé. Je ne mange plus le sable, c’est pas bon. Par contre, je ramasse tout ce que je trouve: seau, pelle, poupée, landau, poussette… Tout m’appartient. Je n’entends pas les hurlements après mon passage. Je suis sourde aux cris, immunisée peut-être par les miens. Et puis s’ils ne sont pas contents, les autres, je leur fous une baffe.

J’abandonne au fur et à mesure les biens que je dérobe. Ce n’est pas de ma faute, je n’ai pas assez de bras. Ca m’énerve. Toujours cette confrontation incessante à mes limites. Et puis, cela n’a déjà plus d’importance. Mes trésors, je les abandonne aussi vite que j’ai pu les dérober.

Parce que, devant moi, se dresse la montagne. J’ai pas le droit d’y grimper. Je suis trop petite. Ca, ça m’énerve aussi. Attendre, toujours attendre.

Je jette un coup d’œil furtif à Maman. Elle plane toujours. Je suis sortie de sa tête. Tant mieux… Je vais pouvoir monter la petite motte interdite.

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