Fan fanée

Elle est assise dans un parc pour enfants. Sa fille joue dans le bac de sable. Ou plutôt s’évertue à piquer les jouets des autres gamins. Elle n’intervient pas. Pas de volonté d’ingérence. Que la petite se débrouille avec l’apprentissage de la politique ou de la guerre. Selon son habileté.

Elle a la tête d’ailleurs. Envie soudaine d’une cigarette. De toxines chimiques. La chaleur de la fumée au creux de la gorge. Aspirer, expirer. Sentir son souffle, même s’il est voilé de fumée grise. Un bébé hurle au loin. C’est l’heure entre chien et loup. Heure confuse, heure qui révèle les souvenirs trempés de nos chambres noires.

Adolescente, elle avait posé dans sa chambre une photo de David Bowie à Monte Carlo. La chemise ouverte sur la poitrine imberbe, le regard blessé d’épervier, la noirceur blonde, les pommettes hautes et bombées comme celle d’une femme, les lèvres sensuelles et dédaigneuses.

C’était l’époque où elle était fan. Fan par essence. Elle recherchait des icônes, des mentors, des modèles ou des Pygmalions. Ses préférés? Ziggy Stardust, Jocaste ou Isadora Duncan. Elle ne saurait dire si elle était plus fascinée par leur vie que leur mort singulière…

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