Amours toxiques

Quand Alice remonte dans son appartement, elle a la tête pleine de futurs cauchemars où se mélangent des bébés aux têtes démesurées et des chats assassins. Ou bien est-ce l’inverse ? Tout ce qu’elle sait, c’est que le chat de sa sœur vient de lui tomber dessus. Quel idiot, et en plus, il a le ridicule de se nommer Forêt noire !

Alice a à peine retenu que sa sœur est pour une énième fois enceinte, que cette fois-ci, oui, c’est bonne, qu’elle ne prendra aucun risque et ouste le chat, ouste la toxo-je-ne sais-quoi ! Tu parles… Sarah collectionne les fausses couches au même rythme qu’Alice consomme les hommes. Et Alice doute fort que lui refiler son chat de malheur et ses superstitions y changeront quoi que ce soit… Mais, comme toujours face à Sarah et ses larmes de crocodile, elle s’est écrasée et a accepté le deal. Sa sœur a fini son café, no comment, et est repartie légère.

En attendant, Alice va devoir cohabiter avec ce forêt noire sous son toit. Alice a une pensée mauvaise qu’elle aussitôt refrène : vivement que sa sœur perde encore ce bébé pour qu’elle reprenne son chat ! C’est vrai, pourquoi lui mettre dans les pattes cette boule vivante de poils à elle qui déteste les plantes vertes et ne supporte que les fleurs coupées, à elle qui a en horreur tout attachement domestique (chat, chien, mari, femme de ménage, etc) et ne souhaite que vivre sa vie d’irresponsable ? A croire qu’on se fait toujours rattraper par les liens qui vous rattachent et vous étouffent…

C’est sur ces sombres pensées qu’Alice ouvre son appartement. Elle est surprise de trouver son amant japonais en grande conversation avec ce foutu chat autour d’une coupelle de lait. Il ne manquait plus que ça !

–         Ah, déguerpis, toi !

Les deux acolytes, amant et chat, tournent leurs yeux étonnés vers elle, ne sachant pas très bien à qui elle s’adresse. En l’occurrence, tout porte à croire qu’ils sont tous les deux concernés…

Alice se dresse, devant eux, les yeux bleus en pleine tempête, les jambes nues tremblantes de froid mais néanmoins joliment dessinées par ses mules satins, et les mains sur ses hanches qu’on devine nues sous son manteau léger. Un frisson parcourt Akihiro. Mon Dieu, cette femme est encore plus belle quand elle est dans une colère insensée ! Forêt noire acquiesce, lui non plus, n’a aucune envie de partir.

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