Con comme la lune

C’est un pays lointain, humide et froid. C’est mon enfance. On enterre les choux-fleurs dans les cercueils. On boit la bière dès onze heures. Le canal emporte avec lui les jouets perdus et les puzzles éparpillés à tout vent. La béchamel nous colle aux ventres.

Je traîne le long des sentiers qui longent le cimetière. J’ai rendez-vous avec Caroline. Elle ne vient pas. Le désir monte en moi. Je me touche à travers mon pantalon. Il me serre. J’ai encore grossi. Je balance des cailloux au loin qui ricochent sur les tombes des jeunes morts. Je poireaute comme un con, la peau écarlate, fouettée par la grisaille.

La lune est à moitié levée. Blafarde. Je lui en veux de pointer son nez. Paresseuse. Qu’est-ce qu’elle fout celle-là ? Désordre. Ennui. Je me ronge les ongles. J’ai soif. Envie de picoler. Envie d’oublier. Je remonte au centre.

Je tente d’évaluer l’événement et ma déception. C’est un lapin ou une rupture ? Caroline, est-elle en train de se faire troncher par Jean-Baptiste au 34 rue de l’Eglise ou m’a-t-elle simplement oublié ? Je délire. Étonnamment j’en tire presque plus de plaisirs que de tenir réellement Caroline dans mes bras. Ce sont les débuts de ma vie amoureuse.

Je regarde mes mains, elles sont presque aussi anguleuses que celles de ma mère. Des mains de gonzesse. Je me roule une clope. J’aime la fumée qui s’échappe de mes lèvres. Goût poivré qui demeure au fond de ma bouche. De gros nuages lenticulaires se traînent dans le ciel.

Ciel bas. Bas de femme. Con. Con comme la lune. Moi. Toi.

Un jour, il faudra que je parte d’ici.

Je le regrette déjà.

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