Il y a des états de guerre qui correspondent à notre état moral

Je suis rentrée. J’ai oublié dans l’avion ces histoires de fantômes. J’ai abandonné David et Ninon aux tombeaux de l’oubli. Pourtant, à partir de ce moment, quelque chose a commencé à déconner en moi. Je suis devenue pleureuse, malgré moi. Je me levais, je pleurais. Je mangeais, je pleurais. Je travaillais, je pleurais. Je me couchais, je pleurais. Sans raison. Des torrents de larmes. Continus. Je me suis transformée en fluides, en larves, en volcan marin.

Ca m’attirait des ennuis. Pour sortir, j’ai dû prendre des mesures de sécurité. J’ai haussé mon regard de lunettes noires. J’ai mis la nuit sur le jour. Je préférais jouer ma star que risquer l’agression. La vulnérabilité n’est pas de bon ton dans la rue. La règle de bienséance est aussi de rigueur sur cette scène. Pour les proches, je prétextais un rhume de foin. En plein mois de novembre… Afin de donner une raison convenable à cette avalanche lacrymale.

Le pire, c’était que je n’étais pas triste. J’avais simplement le nez rouge, le menton qui tremble et les yeux humides en permanence. Je trouvais refuge dans les théâtres, les musées, les livres, les églises, les cinés… Là, étrangement, je pouvais regarder les films les plus mélancoliques au monde, de Love Story à Un Tramway nommé désir, je ne pleurais jamais.

Parfois je sentais –j’imaginais?- un frôlement dans mon cou. Mes pas me guidaient là où je ne voulais pas. Et je me suis mise à aimer l’opéra et les betteraves rouges. Bref, je déconnais. Je me suis souvenu que cela durerait un mois. J’ai attendu. La guérison. Le retour à l’a-normale.

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