Tous les photographes sont des obsédés sexuels

Le chapitre était clos, le pacte signé. Il m’a raccompagnée à l’aéroport. Dans la voiture, nous n’avons plus pipé mot.

J’ai regardé de nouveau son profil. Ce n’était plus le même. David n’avait plus 70 ou 80 ans mais 20 ou 30 tout au plus. Je me suis dit, ça doit être mon effet. Je le trouvais beau avec ses lèvres trop épaisses et son nez camus. J’ai compris ce qu’elle lui trouvait. La sensualité.

« Dépêche-toi, tu vas rater ton vol ! »

J’ai claqué la portière et j’ai couru, sans me retourner. Inutile, je savais que je l’emportais avec moi.

La place à mes côtés était effectivement vide. David ne m’avait pas menti. J’ai fermé les yeux. J’ai attendu. J’ai vu.

Elle, dans la salle de bain d’Hitler. Se frottant le dos d’une contorsion longue et prolongée. David la photographie. Elle s’offre à la caresse de son regard. Aigu. L’appareil tombe sur le carrelage froid. Ca lui rappelle les lavages abrasifs du vagin qu’on lui faisait petite. Suite à la méchante maladie, la vilaine, qu’elle avait choppée.

A son tour, elle veut le photographier, lui, David. A lui de se dénuder, de faire l’enfant. Son ventre lui fait mal. Il pose, goguenard et gêné. Il n’a pas cette aisance mélancolique du modèle professionnel. Il déconne aux moustaches de la photo d’Hitler. Il doit rester certains de ses poils de cul au fond de la baignoire. Il ne manquerait plus qu’il prenne une douche et le tableau serait complet.

– C’est obscène, Ninon.

– Non, c’est juste normal. Tous les photographes sont des obsédés sexuels, tu devrais le savoir.

Les frontières entre le bien et le mal tanguent dans sa tête. Ninon hausse les épaule et le mitraille. Clic Clac. Oubli.

Le soleil m’aveugle. Je vole au-dessus de nuages.

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