L’amour ne doit pas te serrer comme un jean étriqué

Je l’ai rencontrée à un merveilleux dîner. Puis je l’ai raccompagnée chez elle, elle m’a invité à rentrer et j’y suis resté plus de deux ans. Nous vivions à trois avec son mari. Ninon et lui étaient très libéraux. Il n’y avait pas de jalousie entre nous. L’amour, alors, était très libre. Réellement. Ce n’était pas un oasis publicitaire, non, il se vivait. Il n’était pas étriqué comme ces jeans qui collent aux culs des adolescentes aujourd’hui.

J’ai une grande nostalgie de cette époque. Je pense que ce sont ces moments de bonheur échappés de la convention et de la bonne moralité qui nous ont sûrement permis de supporter ce qui allait suivre. La guerre, le mal, etc. Toutes ces atrocités que l’on ne sait pas raconter et que l’humanité ressasse pour tenter de les oublier. Etrangement, je ressens exactement la même chose par rapport au sublime. Mon incapacité à le dire, ma condamnation à éternellement le ruminer.

Ce que je préférais, c’étaient les petits-déjeuners avec elle. Ninon encore brouillée par la nuit. Ses yeux fatigués qui n’avaient pas encore eu le temps de dissimuler les rides qui les entouraient. Ses traits un peu bouffis par les rêves ou cauchemars, d’autant plus sensuels. Elle parlait à peine. Sa voix était rauque. Elle l’éclaircissait en fumant une première cigarette. La nicotine du matin, la meilleure, David, me disait-elle. Le premier poison qui redonne la vie.

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