Chocolat

Tu es vraiment tout chocolat ! Elle m’avait glissé entre le dessert et l’enivrant cognac. J’en avais déjà oublié son accent grinçant. Je n’étais plus que suspendu à ses taches de rousseur sur le bout de son nez. Je ne savais pas pourquoi je méritais un tel compliment. Incongru, tout de même.

Non, me précisa-t-elle, c’est courant au Québec, c’est une manière de dire que quelqu’un est adorable. Ah bon ? Merci…  J’ai rougi.

Elle a continué : « on dit aussi c’est un homme rose. » Parlait-elle encore de moi ? Non, elle m’expliqua. Il s’agit d’hommes écrasés par les femmes, qui ont fait une croix sur la virilité en force pour une autre tout en douceur et certes, peut-être, un peu effacée. Plusieurs décennies de féminisme ont laissé des traces. Elle a conclu, mystérieuse. Et elle est partie dans un grand éclat de rire, charmant. J’ai remarqué les deux fossettes qui se dessinaient au creux de ses joues et j’ai su qu’elles me  prenaient à l’instant définitivement au piège.

J’ai riposté: et ça suffit comparé aux millénaires de virilisme ? Elle n’a pas voulu répondre. Elle a trempé ses lèvres carmin dans l’alcool doré, a bu une lapée et m’a demandé de l’embrasser. Et maintenant, bois, oui, dans ma bouche ! Je vous l’ai dit, il était définitivement trop tard pour moi.

J’étais cuit comme disent les Italiens, baba selon les Français & totally fallen in love d’après les Anglais.

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