Pistache


La pistache a pour moi le goût chloré de la piscine. Tel était le nom de code de ce lieu dans mon enfance. « On va à la pistache ? » était un appel aux délices de l’eau, aux éclaboussures, aux rires et aux langues de chat dont on s’empiffrait, une fois sortis les yeux brillants et les cheveux encore mouillés.

Je ne considérais que tardivement la pistache comme un arachide tout aussi intéressant que sa sœur la cacahuète. Espèce de cacahuète verte ! Ca, c’était une belle insulte ! Aussi ronde et poétique que l’expression « Mystère et boules de gomme. »

Tu veux une glace verte ? Non, merci, je la laisse aux amateurs en manque d’imagination qui ne savent hésiter qu’entre le chocolat, la vanille, la fraise ou la pistache. Moi, je préférais la banane et la coco.

Un jour, pourtant, il a bien fallu que je rende à la pistache ce qui appartenait à la pistache. Et je suis sortie avec un pistache-addict. Chez lui, le sol était jonché d’un parterre de coques vides. Il passait son temps à décapsuler ses pistaches pour en gober les petites graines.

Je ne pense pas que les cacahuètes ou les noix de cajou auraient pu retenir autant son attention. Elles n’invitent pas aux strip-teases et ne réservent jamais aucune surprise. Les pistaches, c’est différent, me disait-il. Déjà parfois elles ne s’ouvrent pas et restent muettes. D’autres fois, elles sont trop mûres. Mais, le plus souvent, elles sont rondes, suaves et croquantes une fois dénudées.  Il en parlait exactement de la même manière que de ses ex. Il les aimait fraîches. Je l’ai rapidement quitté.

Je n’avais pas envie de finir la peau violette et la chair verte.

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