Rose

 

Elle s’appelle Rose, nom qui lui va à ravir. Elle est indolente et douce. Elle ose être cela. Son teint est nacré comme un litchi sans sa peau. Elle arrive souvent le matin les yeux chiffonnés, les cheveux roux en bataille et toujours en retard. Etrangement, jamais un professeur ne s’en froisse. Pourquoi ? Parce que c’est Rose. Son retard à elle n’a rien d’agressif, au contraire, on lui est reconnaissant d’enfin arriver.

Rose se tait. Nous, on cravache comme des malades, on se dispute la parole, les babines humectées de salive et d’envie. Le concours, ah, ça ira, ça ira, les mauvais khâgneux à la lanterne, et nous, on l’aura. Nous, on est le poulailler et Rose est l’aristocrate.

Cours de thème. Monsieur Hermé nous fait son show. On est en tous baba. La rumeur dit qu’il a vécu une folle histoire d’amour tragique avec la fille de Pirandello à Rome. Il est l’un des seuls à ne pas avoir peur d’interroger Rose. Il lui demande de traduire du Alexandre Vialatte : «La confiture n’est bonne que s’il faut monter sur une chaise pour attraper le pot dans le placard.»

Le latin coule naturellement entre les lèvres de Rose. « Rubi idaei » précise-t-elle, la confiture est donc à la framboise. Et ses mots nous transportent à Ispahan sur le dos d’un éléphant d’un prince Perse. Délice…

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